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Réponse
Vieux 30/06/2012, 19h49
#1
anarchOi
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Brigada Durruti
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Libertaire, Anarchiste Internationaliste Auto-gestionnaire Synthésiste

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Histoire > Les Meutes de Leipzig : « Jeunesses hitlériennes, crevez ! »



Ils étaient environ 1500 jeunes de 14 à 18 ans, écoutaient du swing, exhibaient des bagues à tête de mort et passaient le temps en caillassant les locaux des Jeunesses hitlériennes dans le centre-ville de Leipzig. Dans l’Allemagne des années 30, le terme « gang » n’existait pas encore, mais la vingtaine de meutes qui sévissaient alors dans cette ville de l’est du pays en avaient tous les attributs. Une résistance au nazisme oubliée volontairement par la RDA au lendemain de la guerre, mais déterrée par l’historien quadragénaire Sasha Lange dans un bouquin passionnant. Entretien adolescence et résistance.



Propos recueillis par Julien Mechaussie et Maik Baumgärtner, à Leipzig (Allemagne)



The Ground : D'où vient le terme de « meutes » ?



Sascha Lange : Lors de mes recherches, je n'ai pas réussi à déterminer l'origine exacte de son utilisation. Il apparaît pour la première fois en 1938 dans un dossier de la Gestapo, la police politique du régime nazi. À cette époque, c'était le terme habituel pour désigner des groupes de jeunes. Leipzig était alors un centre industriel très important avec de nombreuses cités ouvrières. La plupart des parents de ces adolescents étaient très politisés, chez les communistes ou les sociaux-démocrates du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands). Leurs enfants étaient par ricochet actifs dans les organisations de jeunesse « rouges ». Avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir, ces organisations ont été très vite interdites et les adolescents se sont retrouvés à traîner dans la rue. Si bien sûr les discussions tournaient autour de thèmes universels pour des ados comme l'école ou les relations amoureuses, le contexte des années 30 les a très vite entraînés sur le terrain politique.



The Ground : Dans ton livre, on peut lire que les plus jeunes membres de ces meutes avaient à peine 14 ans. Avaient-ils déjà conscience de ce qui se tramait avec l'avènement du national-socialisme ?



Sascha Lange : Quand on avait des parents ouvriers dans ces années, on quittait l'école vers 14 ans pour démarrer une formation professionnelle ou travailler à l'usine. On commençait alors à gagner un peu d'argent et c'était les premiers pas vers l'indépendance. Ces adolescents étaient confrontés beaucoup plus tôt qu'aujourd'hui à la vie d'adulte et devaient déjà faire des choix. Comme rentrer dans les jeunesses hitlériennes, devenues obligatoires seulement en 1939. Faire partie d'une meute était donc motivé par le rejet du carcan idéologique nazi. Et quoi de plus banal pour un adolescent que de refuser les idées dominantes, les uniformes et un emploi du temps dicté par des adultes ? La seule alternative, c'était la meute.



The Ground : Être membre d'une meute au quotidien, c'était comment ?



Sascha Lange : Le matin, les ados allaient à leur « Lehrbetrieb », l'usine où ils apprenaient leur métier. Ils travaillaient jusqu'à midi puis sautaient sur leur vélo pour rentrer à la maison. Les appartements ouvriers à Leipzig étaient très petits. Souvent, plusieurs familles s'entassaient dans des trois pièces insalubres. La rue constituait donc le prolongement naturel du salon. Ils se retrouvaient sur les grandes places ou devant le marchand de glace à parler de leurs histoires d'adolescents pubères : être amoureux, se tenir la main, embrasser avec la langue ou pas et si oui dans quel sens la tourner. Mais pas seulement. Ils échangeaient des informations sur la guerre civile en Espagne ou s'inquiétaient de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne. Et lorsque des membres des jeunesses hitlériennes s'aventuraient dans le « Kiez », le territoire d'une meute, ils passaient aux choses sérieuses. Ils les insultaient, leur jetaient des objets à la figure et souvent, cela se finissait en bonne vieille baston. La meute lançait un message clair : c'est notre rue, notre quartier et vous n'avez rien à faire ici. Surtout pas avec vos uniformes et vos croix gammées.



Jean Moulin leur aurait piqué l'idée du chapeau



The Ground : Les meutes avaient-elles des codes bien définis ? Parlerais-tu de sous-culture ?



Sascha Lange : Oui, absolument. On peut parler de « Brothers in Mind ». Il y avait par exemple un code vestimentaire très précis. Dans une société totalitaire, il était primordial de se singulariser via son apparence. Cela peut prêter à sourire aujourd'hui mais les meutes ont adopté le style bavarois. Avec shorts en cuir, chemises à carreaux, gilets courts sur la taille et chaussettes blanches qui remontaient jusqu'aux genoux. Ils arboraient également des foulards avec des couleurs vives. Certains d'entre eux portaient même explicitement des foulards rouges pour montrer leurs opinions politiques ancrées bien à gauche. La musique jouait aussi un rôle important. Beaucoup de ces adolescents regardaient déjà vers l'Amérique et la Grande-Bretagne. Le son subversif par excellence était alors le swing... donc les meutes de Leipzig étaient fans de swing ! D'autres symboles jouaient aussi un rôle important. Certaines meutes se distinguaient avec des bagues en forme de tête de mort ou d'autres jeunes portaient des alliances alors qu'ils n'étaient pas mariés. Certains portaient aussi des trucs très personnels comme une casquette sur laquelle trônait en lettres latines le salut des Jeunes Pionniers soviétiques, « Soyez prêts, toujours prêts ». À première vue, cela peut paraître incroyable que des jeunes aient pu marcher avec de tels symboles dans les rues de l'Allemagne nazie. Mais cela fonctionnait exactement comme de nos jours avec les gangs : ces codes ne pouvaient être déchiffrés que par des initiés.



The Ground : Le phénomène des meutes de Leipzig constituait donc un mouvement de résistance structuré ?



Sascha Lange : Même si j'ai eu la chance de rencontrer des témoins pour mon livre, il est difficile de déterminer si toutes les meutes se sont livrées à des agissements planifiés. Les actions les plus connues sont l'œuvre des meutes « Reeperbahn » du quartier de Lindenau, « Hundestart » à Kleinzsocher et « Lille » à Reudnitz. Elles ne se contentaient pas de défendre leur territoire : elles allaient attaquer directement les locaux des jeunesses hitlériennes. Une dizaine de membres prenaient leur vélo, armés de grosses pierres, avec la ferme intention de détruire le sanctuaire de l'ennemi. Comme dans le reste de l'Allemagne, les affiches de propagande nazie fleurissaient à chaque coin de rue et elles étaient naturellement une cible privilégiée pour les meutes qui les arrachaient et les détruisaient. Elles distribuaient aussi dans leur quartier des feuilles de papier sur lesquelles étaient inscrits « Jeunesses hitlériennes, crevez ! » (HJ Verrecke !). Ce type d'actions était particulièrement dangereux. Si des membres des meutes se faisaient arrêter avec ces feuilles, c'était le camp de concentration assuré. Pour éviter que la Gestapo ne remonte jusqu'à lui, un témoin m'a raconté qu'il écrivait ces tracts avec des petits tampons pour enfant. Et lorsqu'un adolescent était emprisonné, la meute continuait à le soutenir depuis l'extérieur.



Les meutes étaient-elles justement dans le viseur de la Gestapo ?



Sascha Lange : La Gestapo a commencé à se pencher sur les meutes à partir de 1937. Les interrogatoires se sont multipliés et elle a vite compris qu'elle avait affaire à des groupes politisés. La répression s'est alors intensifiée. Les peines lourdes d'emprisonnement tombaient de tous les côtés. En 1938, deux procès pour haute trahison ont débouché sur des peines de 5 à 8 ans. Certains des condamnés ont même été envoyés en camp de concentration. L'effet escompté d'intimidation n'a cependant pas fonctionné et dès 1939, le régime nazi a décidé de condamner le plus d'adolescents possibles. Un camp de rééducation a même été créé spécialement pour les membres de meutes. Les nazis pensaient pouvoir les convertir au national-socialisme grâce au travail physique et à un lavage de cerveau idéologique. Cette méthode a été massivement utilisée et petit à petit, les meutes ont disparu des rues de Leipzig. Avec l'arrivée de la guerre, tous ces jeunes ont finalement été contraints de s'engager dans la Wehrmacht.



Sascha Lange est une bande de jeunes à lui tout seul



The Ground : En Allemagne, les groupes de résistance de jeunes comme les « Edelweißpiraten » (groupes similaires en Allemagne de l’Ouest) ou la « Weiße Rose » (mouvement de résistance majoritairement étudiant, à Munich) ont trouvé leur place dans les livres d'Histoire, au contraire des meutes de Leipzig. Parce qu'elles étaient un phénomène local ?



Sascha Lange : Le phénomène des meutes était présent dans d'autres grandes villes allemandes, même si les travaux de recherche en sont encore à leurs balbutiements. Il reste beaucoup de choses à découvrir. L'opposition de la jeunesse au national-socialisme existait également dans d'autres pays, comme en France pendant l'Occupation. Ce qui faisait la particularité de Leipzig, c'était sa forte culture ouvrière. Même si celle-ci a un peu disparu aujourd'hui, l'esprit de résistance est lui toujours là. La scène « antifa » est d'ailleurs très bien implantée ici. Pour mon livre, j'ai eu la chance de retrouver pas mal d'archives judiciaires : des dossiers sur les procès, des comptes rendus d'interrogatoires de la Gestapo. Il y a dix ans, quand j'ai commencé à travailler sur les meutes, je me suis entretenu aussi longuement avec cinq témoins. Aujourd'hui, il ne reste quasiment plus de survivants connus. Il y en a un qui m'a particulièrement marqué et dont le récit est dans le livre. Il habite désormais à Düsseldorf et, à plus de 80 ans, il a toujours le look de ses années swing avec cheveux coiffés en arrière et un maximum de gomina...



The Ground : Avec l'avènement du communisme en ex-RDA, le nouveau pouvoir a réécrit l'Histoire et instrumentalisé les mouvements de résistance au nazisme. Ce qui n'a pas été le cas avec les meutes de Leipzig...



Sascha Lange : Oui et jusque dans les années 70, cette résistance était complètement inconnue. L'ex-RDA préférait mettre en avant l'héroïsme des membres du KPD (Kommunistische Partei Deutschlands). Cela convenait mieux à leur vision de ces années. Bien que l'antifascisme était une colonne importante de l'idéologie de l'ex-RDA, les adolescents des meutes ne pouvaient pas faire figure d'exemple. Des bandes de jeunes qui passaient leur temps à traîner dans la rue, à se battre avec les jeunesses hitlériennes et qui se singularisaient par leurs vêtements, leur mode vie... Ils ne pouvaient en aucun cas constituer des modèles dans la dictature qu'a été l'ex-RDA.



The Ground : Que nous apprend l’histoire des meutes de Leipzig sur la jeunesse de l’actuelle Allemagne de l’Est ?



Sascha Lange : Il y a à côté de Leipzig des petites villes comme Limbach-Oberfrohna où des groupes de néo-nazis font la loi. Les jeunes y sont en permanence sur la défensive, ont l'impression d'être abandonnés par l'État de droit. Ils doivent se défendre tout seuls pour reprendre par la force le contrôle de la rue. Est-ce que ce sont pour autant des extrémistes de gauche, des terroristes ? C'est un parallèle extrêmement fort avec les meutes de Leipzig. En faisant le récit de cette résistance oubliée, je veux que ces jeunes se disent : « S'ils l'ont fait dans les années 30, nous en sommes aussi capables ».





Pour les germanistes, le bouquin écrit par Sascha Lange s’intitule donc Die Leipziger Meuten - Jugendopposition im Nationalsozialismus. Il est paru chez Passage Verlag, une maison d’édition de Leipzig.

www.leipziger-meuten.de
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Vieux 01/07/2012, 11h16
#2
PapaSchultz
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Merci Anarchoï pour cette article. J'avais jamais entendu parler de ces "meutes" et de leur résistance envers les nazis.

Dommage qu'il ne soit pas traduit en français car ce bouquin intéresserait.
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Vieux 02/07/2012, 08h30
#3
fallen angel
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Un point oublié et super interressant de l'histoire ! merci beaucoup pour cet article
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Vieux 03/07/2012, 16h29
#5
Anar45
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Intéréssant, j'en avais jamais entendu parler. Je suis dégouté qu'il n'y ai pas de version française. Tu sais si y'en a une en anglais?
__________________
Citation:
"C'est vrai, mais aujourd'hui y'a plus que la classe des riches qui fait la lutte des classes. Nous les gueux on est trop occupé à ce taper dessus entre smicards et "assistés" rmistes, vieux et jeunes, fromages blancs et sales arabes, travailleurs du publique et travailleurs du privé, pendant que nos salaires déclinent ou stagnent depuis 30 ans alors que les revenus des PDG ont été multiplié par 20 sur la même période."
Trouvé sur youtube, respect.



Que crèvent les drapeaux, les patries, et les nations!
Anar45 is offline   Réponse avec citation
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